Graines de diversité
Depuis des milliers d’années, l’homme s’est progressivement constitué une biodiversité domestique d’une richesse incroyable. Par un patient travail de sélection et de croisement, les agriculteurs ont mis au point des fruits, des légumes, des céréales, des fleurs et des races d’animaux d’élevage adaptés à chaque pays de Wallonie : toutes ces variétés constituent aujourd’hui une « banque de gènes » dans laquelle nous pourrions être amenés à puiser pour faire face à des évolutions climatiques ou sanitaires. Variétés anciennes et races rustiques retrouvent donc une nouvelle jeunesse ! A découvrir sans tarder pour participer à la conservation de la diversité biologique.
Des pommes, des poires…
En Wallonie, on cultive les fruits depuis des siècles. D’Hesbaye à la région des Collines en passant par le pays d’Ath, nos ancêtres avaient sélectionné des centaines de variétés d’origine régionale. De la reinette Baumann à la poire Durondeau en passant par la prune de Prince, on comptait des centaines de pommes, de poires et de prunes, dans de jolis vergers à hautes tiges. La diversité était reine, avec des tailles, des goûts, des parfums très différents. A la fin du 19e siècle, on dénombrait par exemple plus de 1000 variétés de poires ! Mais pour les agriculteurs, il s’agissait aussi d’améliorer les espèces : obtenir une production suffisante, grâce à une bonne pollinisation, et des variétés résistantes aux maladies et aux parasites, sans traitement. L’industrialisation de l’agriculture a eu raison de cette richesse et de ces qualités d’adaptation : de nombreuses variétés de terroir ont même disparu. Heureusement, des vergers conservatoires fleurissent désormais dans toute la Wallonie : on peut non seulement redécouvrir des saveurs oubliées mais aussi, par croisement, développer de nouvelles variétés.
…des poules, des moutons…
Chez les animaux d’élevage aussi, la nature a su s’adapter. Chaque pays wallon avait, par exemple, sa variété de poules : la bassette liégeoise, la poule de Gembloux, la Tournaisis, la Herve au plumage noir… Des bonnes pondeuses, rustiques et bien adaptées à notre climat. Mais le cheptel wallon a été entièrement mangé pendant la Première Guerre mondiale, puis remplacé par des poules italiennes, russes et américaines. En disparaissant, nos espèces domestiques ont emporté avec elles un capital génétique de milliers d’années, que l’on cherche aujourd’hui à reconstituer. C’est aussi le cas des moutons car, pendant longtemps, l’Ardenne en comptait bien plus que des bovins ! Réputés pour la qualité de leur viande, le mouton ardennais roux, le tacheté ou le Mergelland étaient rustiques et résistants aux parasites. Aujourd’hui, la Région wallonne encourage la réimplantation de ces races peu exigeantes… par ailleurs idéales pour l’entretien de certaines réserves naturelles.
…des chevaux bien de chez nous
Quant au fameux cheval de trait ardennais, c’est une très ancienne race connue depuis l’antiquité romaine. Robuste, adapté à un climat froid, il était réputé, au début du 19e siècle, comme cheval de selle et de trait, léger mais résistant : il survécut même à la campagne de Russie ! Puis il devint l'une des races favorites pour tirer le matériel militaire. De nos jours, l'Ardennais est toujours bien utile pour un débardage écologique en forêt !