Les pieds dans l’eau
La tourbière c’est avant tout une histoire d’eau et de mousse ! Imaginez un terrain sans cesse inondé où se développe le tapis profond et acidifiant d’une mousse appelée sphaigne… Les conditions de vie pour les autres espèces sont terribles : peu de nourriture, de l’eau très acide, un climat rude… Si bien que certaines plantes en sont devenues carnivores !La tourbière, c’est aussi la tourbe, utilisée depuis longtemps comme combustible ou en horticulture… malheureusement au détriment de celle-ci. La tourbière, c’est enfin et surtout, un écosystème unique et fascinant abritant des espèces rares qui se sont adaptées à cet environnement si particulier.
Un paysage typique de Wallonie
Chaussez vos bottes et prenez des jumelles pour aller à la rencontre de ces paysages typiques des sommets ardennais, du plateau de la Thiérache à celui des Hautes-Fagnes en passant par ceux des Tailles ou de Libin ! Les tourbières vous y proposent en effet une flore bien à elles : le mauve de l’orchis des sphaignes (une orchidée unique au monde !), les jolis pompons blancs et cotonneux des linaigrettes, les grelots roses de la bruyère quaternée ou les épis jaunes de la narthécie. On y trouve aussi des plantes carnivores comme la jolie rossolis aux minuscules feuilles rondes et rouges, couvertes de poils scintillant de colle. Les baies d’airelle et de canneberge ponctuent le paysage de petites boules rouges. Mais la reine des lieux est la sphaigne : cette sorte de mousse, qui se gorge d’eau et acidifie son milieu, n’a pas de racine et pousse sur ses parties mortes. En s’élevant ainsi, elle forme la tourbe dont la couche peut atteindre plusieurs mètres d’épaisseur ! Et si vous échangez vos jumelles pour un microscope, vous découvrirez en plus une multitude de micro-organismes : bactéries, algues unicellulaires, larves d’invertébrés, nématodes, etc.
Le retour aux sources
Pendant des siècles, les tourbières ont eu mauvaise réputation. Refuge des feux follets, étendues stériles, terrains dangereux : l'homme ne fréquentait les tourbières que pour y extraire du combustible et comme terrain de fauche en cas de sécheresse. Au 19eme siècle, beaucoup de ces terrains ont été drainés et plantés de forêts résineuses. D’autres ont été exploités à outrance pour en extraire la tourbe. Dans les deux cas, l’écosystème a été profondément marqué, empêchant la tourbière de jouer son rôle de grosse éponge naturelle qui limitait les risques d'inondation et de sécheresse, filtrant l'eau et alimentant les nappes phréatiques. Aujourd'hui, moins de 5 % des tourbières hautes – les plus riches et les plus acides - subsistent en Wallonie mais leur richesse est enfin reconnue et leur restauration bien entamée. Grâce notamment aux projets de restauration financés par le programme LIFE Nature de l’Union européenne et la Région wallonne, les tourbières du Plateau de Saint-Hubert, des Tailles, de la Croix-Scaille et des Hautes-Fagnes ont désormais retrouvé une nouvelle jeunesse !
Téléchargez la fiche à imprimer!